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Published on mars 15th, 2011 | by Team MsjFRBEL

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Témoignage du Liban

Thais Lacroix est au Liban depuis 4 mois maintenant, elle partage ci-dessous son expérience avec le VIDES durant cette année. Un témoignage concret sur sa vie quotidienne, son rôle, sa préparation aux JMJ de Madrid, … à lire sans tarder !

« Voilà quatre mois que je suis volontaire VIDES au Liban, plus précisement dans le petit village d’Hadath Baalbek, dans la Beeka, une vallée magnifique dont les couleurs semblent directement sorties d’un arc-en-ciel. Résumer en quelques mots ma vie ici est impossible, tant mes découvertes et rencontres sont riches et dépaysantes. Découverte d’une région, d’une culture, d’une vie, d’un pays et de traditions différentes, découverte d’une autre façon de vivre la foi, découverte de l’Islam, découverte d’une autre façon de suivre Don Bosco, découverte de Dieu et de moi-même… Cependant, je vais essayer de vous en partager les grandes lignes.

Je vis là où je travaille, c’est à dire dans la communauté salésienne Laura Vicuna. Je partage mon quotidien avec trois soeurs, toutes libanaises, que j’aime beaucoup. La vie en communauté est très différente de ce que j’ai pu voir et vivre en France. Les soeurs (qui portent le costume, chose nouvelle pour moi) ont le temps… c’est réellement dépaysant pour moi, qui ne savais pas prendre le temps, et pour qui la définition de « religieux salésien » signifiait « emploi du temps chargé »… J’ai dû m’y faire, avec difficulté et rejet au départ, et aujourd’hui avec -à grands renforts de prières- plus de sérénité.

En effet, le rythme libanais est très éloigné de notre vie à l’européene, emplie d’activités, de stress, de rapidité… Ici, prendre son temps est une philosphie, une habitude, une façon de vivre… philosophie très bien représentée dans deux des symboles de ce pays (et plus généralement, du Moyen-Orient) : le café et le narguilé. Le café, c’est l’accueil à la libanaise, c’est la porte ouverte à celui qui passe, à l’étranger – être invité à boire le café chez des inconnus est une chose normale – c’est le moment convivial où, travail ou non, on laisse tout tomber pour discuter, rire, consoler… Le narguilé, c’est cette pipe à eau que l’on retrouve posée négligemment dans les coins de toutes les maisons, chrétiennes ou musulmanes. Il est le symbole d’une manière de vivre, celle qui use d’une notion libertaire du temps, comme si ce long tuyau nous invitait à oser le perdre… Symbole également de la sérénité, de la convivialité mais aussi de la concorde. Ainsi, parait-t-il qu’à Beyrouth, pendant les longues années de guerre, les familles emportaient le narguilé avec eux dans les caves où il devenait le compagnon des périodes obscures. Plusieurs fois j’ai été invitée à partager un narguilé. C’est vraiment culturel (sans en abuser!) car c’est l’Orient qu’on épouse au moment où la fumée pénètre notre bouche, pour les raisons évoquées plus haut.


La communauté vit dans l’école Don Bosco, qui accueille environ 800 élèves, de 5 à 14 ans. Mon travail se déroule principalement chez les primaires. Contrairement à ce que je pensais en arrivant (mais tout le monde sait que souvent, ce genre d’expérience n’a rien à voir avec ce à quoi on s’attendait), je n’enseigne pas. Mon rôle de volontaire, outre celui de vivre la mission salésienne dans la Beeka, est de parler français. Ce qui n’est pas difficile puisque c’est ma langue maternelle. J’ai donc été très décontenancée à mon arrivée, moi qui m’attendais à « devenir » enseignante…

Mon travail se joue sur différents niveaux. Déjà, être présente et parler… c’est assez vague et j’ai mis du temps à me rendre compte de l’utilité de cette tâche, et surtout à l’accepter (il m’a fallu une grande dose d’humilité!). En effet, l’école, comme toutes les écoles libanaises, est francophone. C’est donc un plus pour les enseignantes de pratiquer le français avec une française de façon quotidienne. Je passe donc la majeure partie de mon temps en salle des enseignantes, à papoter, à prendre le café, à préparer les cours, à donner mes idées sur les leçons, la méthodologie… je gère également des rencontres en petits groupes, une fois par semaine pour chaque groupe, pour les enseignantes. Nous nous retrouvons pour discuter, je les corrige, leur donne des cours et fais la synthèse chaque mois des expressions nouvelles, du vocabulaire abordé, des arabismes à éviter, de la conjugaison à revoir… Mais ces temps sont surtout des moments d’échange, autant pour elles que pour moi! Echange sur nos cultures différentes, sur les traditions, sur nos vies quotidiennes. Ces moments entre femmes me permettent de découvrir un autre Liban que celui de Beyrouth, ville très occidentale… le « vrai » Liban, celui qui vit, qui palpite, qui rit malgré les souvenirs de la guerre (très violente dans la Beeka en 2006), les problèmes économiques (on parle de famine dans certaines familles), l’absence de gouvernement après la crise de janvier, malgré celle du monde arabe, sujet de souçi autant que d’espoir. Un Liban encore rural et très attaché à certaines traditions qu’on ne trouve plus dans les villes.


Bien sûr, je vois quand même les enfants! Dans les classes, tout d’abord, où je suis assistante pour les cours de français, de FLE (français langue étrangère, ou comment apprendre le français en s’amusant), d’audiovisuel, de théâtre et de BCD (lecture de conte). Et également lors des récréations, bain de foule quotidien. Même si je n’enseigne pas, ce ne fut pas facile, car j’ai dû me prendre des claques… accepter les heures de chahut car je n’arrivais pas à tenir une classe, désapprendre tout ce que je savais, ne pas agir ou ne pas avoir de rôle tout de suite, observer pour comprendre… ce fut un long travail sur moi-même, qui aujourd’hui a porté ses fruits puisque que je donne des cours seule dans certaines classes, et porte certains projets dont le théâtre.

Ensuite, mon travail se concentre sur l’Oratorio, le samedi après-midi. On ne peut pas appeler cela de l’animation… c’est assez bordélique, pas très organisé, et surtout, ça court de partout… Je suis « en animation » pendant que Soeur Joumana fait le catéchisme. Les enfants sont peu nombreux, car il y a peu de Chrétiens dans l’école (20% environ). Car il faut savoir qu’Hadath Baalbek est le dernier village de la région, principalement chiite, où l’on trouve les communautés musulmanes et chrétiennes. Le samedi soir, c’est le temps pour « les grands jeunes ». Là encore, c’est très différent de ce que j’ai pu vivre. C’est plus un temps entre amis, où l’on écoute de la musique et joue sur son portable qu’autre chose. Mais il s’achêve toujours par un mot du soir de Soeur Joumana.

Et en ce qui concerne mon travail… c’est tout! Mon emploi du temps est donc très léger (8h -14h30 du lundi au jeudi, 8h-20h le samedi). Et c’est là que réside l’aspect le plus difficile de la mission. Surtout que je suis plutôt hyper active dans ma vie française. Moi qui m’attendais à passer 8 mois entourée d’enfants toute la journée et lessivée le soir, grande fut ma surprise! Car je me suis retrouvée avec énormément de temps pour moi… et seule. En effet, le village est très éloigné, perdu entre les collines, c’est donc difficile de trouver des activités, ou même un engagement associatif, et ma situation de « femme » ne me permet pas, dans un milieu musulman traditionnel, de sortir à ma guise. Ce fut un long combat d’acceptation, et un long apprentissage… Aujourd’hui, j’use de mon temps avec plus d’intelligence qu’au départ, mais ça reste un combat quotidien. En effet, dans la course contre le temps qu’on livre en Europe, prendre du temps pour soi n’est pas habituel… je dirais même qu’on l’évite…


Que faire quand on a autant de temps? Selon les soeurs, il faut que j’en profite pour moi (lire, dessiner, écrire…) Or, le problème, c’est que je ne suis pas partie pour moi! Une de mes volontés était celle de m’oublier et de me donner entière à l’autre… Alors, que faire de votre temps à ce moment là? J’écris et dessine un peu, je chante, mais surtout je réfléchis, réfléchis et réflechis… En effet, avoir le temps et éprouver la solitude oblige à regarder au fond de soi-même, et à ne plus se voiler la face… Pour moi, ce volontariat sera donc marquant non pas par ma mission de volontaire, mais pour son apport dans ma vie spirituelle. Parce que ma réflexion s’est vite transformée en prières. Outre mes temps de prière personnels, je vis ceux de la communauté de temps à autre, principalement les vêpres (en italien) et le chapelet (en arabe, italien et français), parfois la messe du matin (mais à 6h… j’avoue ne pas toujours réussir à être fraiche et dispo, surtout que c’est une messe maronite en arabe) et ceux de la communauté chrétienne maronite du village (car il y a trois paroisses: melchite, orthodoxe et maronite). J’apprends beaucoup à leur contact, et aime beaucoup les messes maronites car les chants sont très beaux (et je finis toujours par atterrir chez l’une des familles pour passer la journéé, j’adore cela!).

Ces temps et mon cheminement spirituel sont également une façon de me préparer aux JMJ de Madrid, qui seront, comme pour Marion, une belle façon de retrouver la réalité européenne. Bien sûr, je médite chaque mois sur le thème grâce au kit du MSJ que je trouve sur le site. Un de mes rêves, c’est de pouvoir partager cette préparation avec les grands jeunes du village, même s’ils ne partent pas. L’idée fait son chemin… je pense que c’est pour bientôt!

Enfin, un des points les plus importants de mon volontariat : la découverte du monde musulman, et de la réalité du vivre-ensemble entre Musulmans et Chrétiens.

Le Liban est un pays majoritairement chiite, mais où il y a encore énormément de chrétiens (je compare avec les pays voisins). La religion englobe toutes les strates de la société, de la politique à la vie intime. Ainsi, on est chrétien ou musulman avant d’être libanais. En politique, le pouvoir est séparé selon la religion: le président de la république est maronite, le premier ministre (celui qui a le plus de pouvoir) est chiite et le président de l’assemblée est sunnite. On ne soutient pas un parti par convictions politiques, mais parce qu’il représente telle ou telle communauté religieuse. Les villages sont coupés en deux : Musulmans vs Chrétiens, ainsi que les quartiers de Beyrouth. Il en est de même pour les régions. Alors que la Kadisha est chrétienne, la Beeka est chiite. L’appartenance à une communauté religieuse a donc beaucoup d’importance. Cependant, malgré ce communautarisme exacerbé (on évitera/interdira par exemple aux 15-25 ans de se mélanger afin d’empecher tout mariage mixte), le vivre-ensemble est possible.


Les groupes d’amis (mariés) sont inter-religieux, les rencontres entre assoc’ musulmanes et chrétiennes sont nombreuses, et les discussions très riches. Beaucoup de mes amies chrétiennes sont capables de citer le Prophète, et beaucoup de mes amies musulmanes aiment me questionner sur ma foi en Jésus Christ. On discute beaucoup des fondements de nos deux religions avec ces amies musulmanes, ce sont des échanges très riches, et très beaux spirituellement, car nous savons que, malgré nos différences, nous croyons en un seul et même Dieu. Ces échanges sont un beau message d’espoir pour le monde où la communauté musulmane semble être la proie d’un nouveau racisme. Cependant, tout n’est pas rose, loin de là… et je suis persuadée que, dans le monde masculin (parce que, au Moyen-Orient, rien n’est totalement mixte), ce dialogue est très différent… et moins tolérant. Cependant, c’est dans les actes du quotidien que je vois que les échanges et la vie ensemble sont possibles. Un des symboles de ce vivre-ensemble, c’est lorsque nous chantons à l’église, et que nous entendons, en accord avec nos voix, l’appel à la prière du muezzin. C’est ce dialogue qui est la mission principale des salésiennes d’Hadath. Dans des temps où tout se radicalise, dans une région où le Hezbollah règne, la présence des soeurs est un magnifique message d’amour et de tolérance, dans le plus grand respect de l’Islam. Le but n’est donc pas la conversion des jeunes au christianisme, mais « d’en faire des Hommes bons ». Comme le dit Soeur Lina, la supérieure de la communauté, « on les éduque à l’amour, c’est là que réside le coeur du christianisme ».

Je suis heureuse de vivre cette mission et vous encourage vivement à vous lancer, vous aussi, dans ce genre d’expérience qu’est celle du volontariat… car c’est l’Evangile qu’on approche de plus près ! Bien sûr, on ne change pas le monde, mais on change, et c’est cela qui change le monde !!! De plus, mettre sa propre vie en pause, prendre de la distance avec tous ceux et ce que l’on aime, ça reste tout de même un sacrifice, qui, même s’il est douloureux, ne peut porter que du fruit! Etre volontaire, c’est une des multiples façons de suivre le Christ comme il nous l’a demandé:

 » Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, verset 24)

Partir en volontariat, une belle occasion de retrouver du sens et des racines… Une belle occasion de « s’enraciner en Christ » et « d’affermir sa foi » !

Bonne préparation aux JMJ à tous, et bon Carême! »

Thaïs LACROIX, volontaire VIDES au Liban


Pour plus d’infos: gotolebanon.over-blog.com et www.vides-france.com

Vous pouvez également regarder le film fait par les salésiens sur la mission salésienne à Hadath Baalbek (disponible dans toutes les communautés salésiennes) : « Hadath Baalbek, construire ensemble le futur ».
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3 Responses to Témoignage du Liban

  1. Aubérie says:

    C’est un très beau témoignage !
    Merci Thaïs !! 🙂

  2. Papadenis/ Denis LEFEBVRE says:

    Merci Thaïs pour ton témoignage. J’ai vécu il y a 25 ans 2 ans au Maroc, et cela a profondément marqué ma foi et ma vision du monde musulman. Je suis admiratif de ce que tu vis!
    Alors si je peux me permettre, le monde musulman est très Masculin, et les rapport y compris entre les hommes peuvent être trés durs, peut-être le rapport au pouvoir masculin ( très important au moyen orient) est la source d’affrontement?
    Cependant je me rappelle d’échange trés fructueux avec mes propres élèves sur le rapport ramadan/carême et nous n’étions que des hommes de bonne volonté…la tolérance est affaire de cœur!

    Bien fraternellement, bien amicalement,

    Denis

  3. Amélie says:

    Contente de voir que tout ce passe bien pour toi depuis cet été avec tout les autres animateurs on ne vous oublie pas à Lille-Sud ! On espère vous revoir un jour, bisous.
    Amélie

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