Famille Salésienne Animer en Palestine

Published on décembre 31st, 2018 | by Mouvement Salésien des Jeunes

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Animer en Palestine

Il y a quelque temps, Marie, une jeune de la Famille Salésienne en France et Belgique-Sud, est partie en Palestine afin d’animer un groupe de théâtre avec des jeunes dans un camp de réfugiés, à Bethléem. Maintenant qu’elle est de retour, voici son récit.

Marie-Palestine

Que ferait Don Bosco à ma place ?

Sans doute, il laisserait faire Dieu.

Quand on se sent tout petit face à l’immensité de la misère, quand on se sent enfermé et quand sans cesse on est confronté à de nombreux murs et obstacles, on n’a pas le choix que de regarder vers le haut… Et faire appel à Dieu.

D’ailleurs, lui aussi, s’est fait tout petit… Et il est né à Bethléem.

Jésus, Celui qui annonce la Paix, est né dans une ville qui est loin d’être en paix. Une ville emmurée1, une ville morcelée.

« Que ferait Don Bosco à ma place ? » C’est la question que je me posais sans cesse face aux difficultés rencontrées à répétition.

Aida

Mars 2017. Je suis professeur de théâtre au camp de réfugiés palestinien d’Aida2, à Bethléem. Mes élèves et moi avons concocté une pièce de théâtre intitulée « La petite Lanterne », inspirée du conte palestinien de Ghassan Kanafani.

Fille-Bougie

Les cours de théâtre et les répétitions depuis octobre ont été un enchaînement de montagnes russes :

Tout d’abord, ma classe commence avec une trentaine de jeunes, entre 10 et 15 ans. Au fil des mois, le nombre de participants diminue, restant sur scène les plus motivés, soit 7 élèves (1 garçon et 6 filles).

Souvent, je me sens démunie face à tous ces enfants qui n’ont parfois aucun respect (envers le reste du groupe et moi-même). Où se trouvent les limites ? Elles sont matérialisées par ce mur immense qui sépare Israël de la Palestine. Ce mur que beaucoup de Palestiniens ne pourront jamais franchir. À l’intérieur du camp, à l’intérieur des limites, j’ai comme l’impression que les enfants sont livrés à eux-mêmes, les seules règles étant celles imposées par l’État israélien.

Mur-Palestine

L’autorité naturelle n’existe pas. Selon moi, tu la reçois. Ce sont les élèves qui te donnent cette autorité. Mon premier objectif était donc de l’obtenir. Je passe par des chemins nombreux et variés pour y parvenir. Je cherche encore.

La barrière de la langue n’aide pas. Mon arabe palestinien s’améliore de jour en jour mais n’est pas parfait. Le travail se fait dès lors plus long et fastidieux.

Clé

Et je ne parle pas de ces nombreuses heures de répétition durant lesquelles je me retrouve sans élève car trop dangereux pour eux de franchir les quelques mètres séparant la maison du centre culturel. Ou parce que les élèves oublient le cours. Ou parce que certains préfèrent lancer des pierres sur les tours de contrôle israéliennes. Ou parce que le gaz lacrymogène empêche tout simplement de sortir de chez soi3.

Marie-2017

Vraiment, que ferait Don Bosco à ma place ?

Aujourd’hui, ma petite troupe et moi, nous nous comprenons.

Gestes, regards, sourires, petits mots répétitifs habituels…

Nous avons créé notre propre routine : enlever ses chaussures, s’asseoir en cercle, ouvrir la séance avec un « quoi d’neuf ? », s’échauffer, jouer, terminer par une séance de relaxation.

Rire, s’amuser, inventer, innover, explorer.

Se disputer, parfois… Se pardonner, toujours. Se serrer dans les bras, s’encourager, ne pas perdre espoir, continuer, persévérer.

Rendre grâce ! Pour les moments de beauté, les moments d’échappatoire, les moments de fous rires intenses…

La veille de la représentation théâtrale, je prie : « Seigneur, j’ai fait tout ce que j’ai pu. Je te donne tout ce que j’ai : mes efforts, mes compétences, mes idées… Tout. Je veux juste que tu passes à travers moi, que je devienne tes bras, tes mains. Je ne veux plus penser. Je veux juste servir. Et aimer. Donne-moi juste cette force de continuer à servir et à aimer. Je n’ai plus besoin de rien d’autre. Peu importe le résultat. C’est le chemin pour y arriver qui compte. »

Groupe-theatre

La pièce de théâtre est un succès ! La salle est comble, mes élèves sont radieux. Il y a eu des couacs ? Des répliques oubliées ? Des musiques non lancées au bon moment ? Des lumières non placées au bon endroit ? On s’en fiche !

MERCI Seigneur, car toute la salle est inondée de bonheur intense, d’amour de théâtre, de plaisir de partager une expérience artistique !

MERCI Seigneur, car tu as montré à ces jeunes à quel point ils sont beaux, qu’il ne faut jamais perdre espoir et qu’il est toujours possible de vivre dans la Joie !

Fille-Souriante

Décembre 2018.

Nous sommes tous acteurs de changement. Et Don Bosco en était un !

Dorénavant, je sais quelle réponse choisir à ma question :

« Marie, voilà ce que Don Bosco ferait :

Être dans l’ACTION, toujours.

Trouver en chacun des jeunes une lueur d’espérance.

Et ne pas avoir peur de se sentir tout petit… Afin de devenir grand dans l’amour. »

1 Bethléem est délimitée en partie par le mur illégal de 8 mètres de haut, séparant l’État d’Israël avec la Cisjordanie.

2 Ce camp date de 1948. Les Palestiniens qui y vivent ont donc le statut de réfugié de l’UNRWA depuis 70 ans. Avec la proclamation de l’État d’Israël en mai 1948, ce sont plus de 750 000 Palestiniens qui ont été forcés à l’exode. Cet événement s’appelle la Nakba (« catastrophe » en arabe).

3 Le camp d’Aida est l’endroit le plus exposé au monde par les gaz lacrymogènes, selon une récente étude menée à l’université de Berkeley en Californie (janvier 2018).

Merci beaucoup à Marie Quirynen pour ce beau témoignage.

Dessin-ballon-s-envoler

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